dimanche 19 mai 2013

Mon Idéal: le petit déjeuner


Un matin de mai, alors que la pluie était toujours reine à Londres, Kaya et François décidaient de se lever. Descendus à la cuisine le garçon préparait quelques pancakes, et sortait la confiture et le Nutella, La demoiselle, encore endormi, traînait, une chemise, rayée, bleue, pour seul habit. Elle glissait ses petites fesses maladroitement sur le tabouret du bar, et attrapait, dans le placard, à sa gauche, deux bols, marqués par le prénom des deux amoureux. L’un ébréché, l’autre fissuré, s’ils demeuraient là, c’était bien parce qu’ils avaient été offert par la Maman du garçon lors de leur emménagement dans ce petit appartement, leur cocon. François s’asseyait à son tour, ramenant sur la planche de verre, l’assiette remplie de sa cuisine. Kaya et lui se servait à l’unisson. Chacun mangeait, seuls les bruits d’une cuillère contre un plat ou d’un couteau contre un pot de verre brouillait le silence. La pièce, grande, éclairée par les trois portes fenêtres, rendait l’appartement lumineux, les jours de beaux temps. Les murs, eux étaient peints en blanc dans le côté cuisine et tapissés de briques rouges dans le salon. Contre un mur de celui-ci, non loin du canapé de toile bleue, se tenait un magnifique piano à queue. L’instrument, acquis dans une brocante parisienne, avait gagné le cœur de François qui, connaissant l’envie d’apprendre à jouer de sa copine, avait voulu lui faire plaisir. C’est vrai, il n’avait pas vraiment regardés le prix et les avait privé de manger à leur faim les mois suivants, mais Kaya, tellement amusée par la naïveté de son copain, et touchée par son cadeau n’avait voulu s’en séparer. Au milieu de la pièce, aussi, étendu sur le parquet merbau se tenait un large et long tapis jaune et blanc, rayé triangulairement. La présence d’une télévision, remplacée par une bibliothèque, de volume important et pleine, faisait le bonheur des deux adolescents. Kaya se décidait, enfin, à se lever et attrapait sur la table basse, en fer forgé, son livre préféré ; « Les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire. Elle revenait à sa place initiale et ouvrait l’ouvrage à la page de sa dernière lecture, qu’elle entreprit, à voix haute, une fois encore.« Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure ! Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir…, commençait la demoiselle, devant le regard attendrit, toujours surpris de son copain »


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire